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  • Jérôme Beaufils

Ci-gît la lettre de motivation. Ni fleurs ni couronnes

Mis à jour : 20 juin 2019



La lettre de motivation sert-elle encore à quelque chose ? Mais pardi ! Evidemment non ! C’est en tout cas la première réponse que je serais tenté de donner. Pour trois raisons.


La première, c’est que la lettre n’est pas toujours lue par les recruteurs. Ils se focalisent sur le CV, le décryptent en un temps record et décident de contacter ou non le candidat à l’aune de ce seul CV. Et ce d’autant plus qu’ils ont accès à des CV sur des sites emploi, ou bien aux profils sur LinkedIn ou Viadeo, et se passent parfaitement de lettre.


La seconde, c’est que telles qu'elles sont écrites aujourd'hui par les candidats, les lettres sont inutiles. Même structure, mêmes tournures de phrases, mêmes qualités mises en avant. Des clones. Et surtout, un vide intersidéral. Aucun contenu, aucune personnalisation. La même lettre écrite à tous les recruteurs, la même lettre écrite par tous les candidats.


La troisième raison, sans doute la plus importante, c’est que les lettres actuelles sont la plupart du temps très autocentrées. Que vous parliez de vous, évidemment c’est important. Le recruteur veut vous connaître, comprendre votre parcours, saisir vos compétences, votre motivation. Vous vous souvenez, on parle bien d’une lettre de motivation. Mais le nom est réducteur. Rappelez-vous : vous n’êtes pas un demandeur d’emploi. Vous offrez un service, une solution. Qu’est-ce qu’un recruteur ? Quelqu’un qui a une épine dans le pied. Il a besoin de recruter pour assurer le développement de son entreprise en croissance. Pour prendre la relève d’un salarié en longue maladie. Pour remplacer une femme en congé maternité ou parental… Vous devez être celui qui lui enlèvera cette épine du pied. L’apporteur de solutions. Cela nécessite que vous lisiez bien l’annonce, que vous compreniez le besoin de l’entreprise, son actualité, afin de faire correspondre votre offre de service précise, argumentée, explicitée, à la demande du recruteur.


Dernier point. Il faut bien l’avouer, les recruteurs ont leur part de responsabilité dans cette maigre qualité des lettres de motivation. Il n’y a qu’à voir la pauvreté de certaines annonces pour s’en convaincre. Des annonces parfois insipides, creuses et véritables copies de celles de leurs concurrents. Quand toutes les annonces demandent les mêmes qualités, les mêmes compétences, il n’est pas facile d’apporter une réponse personnalisée. La qualité des annonces pourrait tirer vers le haut tout le processus de recrutement.


Comment rendre votre lettre efficace ?


D’abord, en la rendant utile. Si votre lettre est la copie de votre CV, son intérêt est nul. Souvenez-vous : le recruteur a une épine dans le pied. Un besoin. Votre rôle dans tout le processus de recrutement – et ici dans la lettre de motivation – consiste à montrer au recruteur comment vous répondez à son besoin. Il recherche un chef de produit marketing chargé de réaliser les bannières web de l’espace client et les campagnes d’e-mailing ? Dites-lui noir sur blanc comment vos réalisations antérieures vous donnent la légitimité de répondre à son besoin. Et si vous avez la possibilité de vous mettre en situation et de lui faire une proposition en exemple, alors là vous avez tout compris. Evitez une lettre de trois pages, mais prenez le temps de vous exprimer. Mieux vaut une lettre un peu longue qui donne envie, par des exemples bien choisis et une réelle personnalisation, qu’une lettre courte et aussi vide de sens qu’une chanson de Didier Barbelivien (arghhh je ne suis pas bienveillant).


Ensuite en sortant des sentiers battus, en prenant des risques. Je ne vous conseillerais pas d’aller jusqu’à la lettre pleine de blablabla blablabla qui avait fait parler d’elle il y a quelques temps. Parlez de vous, de vos projets, mettez vos tripes sur la table, soyez original. Risqué ? Oui risqué. Mais quel est le plus grand risque ? Celui de ne pas accrocher l’attention et de passer à la trappe du processus de recrutement, une fois de plus ? Ou celui de susciter enfin l’intérêt du recruteur, de le réveiller en plein cauchemar de milliers de lettres identiques qui dansent autour de lui jusqu’à l’effrayer et le rendre fou ? De la même manière que vous pouvez envoyer simultanément un CV court très résumé (le Best-of moi) et un CV plus détaillé, précis et constitué d’exemples et de résultats de vos missions, rien ne vous interdit de proposer plusieurs lettres, à la manière des exercices de style de Raymond Queneau. Le recrutement est aussi un jeu, n’hésitez pas à jouer. Soyez créatif pour démontrer votre motivation et votre personnalité. Avec peut-être une limite, celle du métier ou du secteur d’activité que vous visez. Quoique. Travailler dans les achats ou la comptabilité n’interdit pas d’être rock’n’roll.

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